LA DANSE DU CHAMANE SUR LE GLACIER,

de Kenneth WHITE et Jorge CAMACHO (1996)

 

 

Prose poétique sur le chamanisme, ce texte de Kenneth White est aussi un essai et une approche géopoétique de l'univers pictural du surréaliste cubain Jorge Camacho.

 

 

Kenneth WHITE. La Danse du chamane sur le glacier
Beau livre carré, illustré de 7 photographies en couleurs
d’une sculpture cubique de Jorge Camacho, Préhistoire de l’Homme
(chacune des 6 faces du bronze, et le développé),
et de 7 dessins du même.
Rouen, L’Instant perpétuel, octobre 1996.
21,5 x 21,5 cm, 48 p., broché, couverture à rabats.
E.O.
Tirage à 75 exemplaires numérotés :
— 7 exemplaires sur vélin d’Arches (1 à 7) avec en frontispice une eau-forte originale en couleurs de Camacho, justifiée et signée, et — sous chemise — un dessin original signé de Camacho, au format du livre, et un manuscrit autographe signé de Kenneth White
L'exemplaire personnel de l'éditeur — le n°7 bien sûr — comprend en outre le cuivre gravé du frontispice, rayé et placé à part, sous chemise.
— 68 exemplaires sur vélin d’Arches (8 à 75) avec en frontispice une eau-forte originale en couleurs de Jorge Camacho, justifiée et signée.
Taille-douce réalisée par l’Atelier Dupont-Visat, Paris.
— 675 exemplaires courants sur couché mat
ISBN 2-905598-40-9

 

Prix public exemplaires courants : 45 euros

Exemplaires de tête avec gravure : prix sur demande

 

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Voici ce qu'en 1999 je crois, j'écrivis à propos de La Danse du chamane sur le glacier pour un catalogue de la Bibliothèque municipale de Toulouse intitulé Dix ans d'acquisitions du fonds patrimonial :

"Ce beau livre carré, dont j’aimerais restituer ici la genèse, procède d’une réflexion qui s’étendit sur plusieurs années, et d’une rencontre rare qu’il faut compter parmi les “hasards objectifs” chers aux Surréalistes. Entendez par là une rencontre qui devait se produire malgré quelques difficultés de parcours et quelques réticences vite levées par l’extraordinaire coïncidence de deux inconscients. J’avais depuis longtemps déjà noté entre Kenneth White et le peintre surréaliste cubain Jorge Camacho, des correspondances qui ne pouvaient être fortuites. Le squelette et ses “segments” occupait à l’évidence une place éminente dans le vocabulaire plastique de Camacho, organisé en “totems” selon une syntaxe très hiératique. Quant au poète, bien avant d’explorer le champ de la “géopoétique”, il s’était assigné comme but, dans Mahamudra, je cite de mémoire avec les raccourcis que cela implique, d’atteindre “l’essentiel, l’os, le blanc.” Le narcissisme de la démarche, je dis “narcissisme” sans intention péjorative, la recherche du blanc où s’origine le nom de White, semblait exclure toute possibilité de confrontation authentique, sérieuse, avec l’univers d’un plasticien, quel qu’il soit, dans le cadre de ce qu’il est convenu d’appeler un livre illustré. Et pourtant nous avions commis l’”erreur” - comme tant d’autres - quelques années plus tôt, de donner à L’Instant perpétuel, avant L’Anorak du goéland, un petit cahier de Kenneth White illustré par son ami François Righi, Prose pour le Col de Marie-Blanque (1981). Je m’aperçus progressivement que White et Camacho étaient tous deux préoccupés par le chamanisme. White avait publié à Lausanne, en 1990, chez P.A.P. (Pierre Alain Pingoud), un poème intitulé Le Chemin du chaman, avec des dessins eskimo. Vision “nordée” du chamanisme, par un écrivain d’origine écossaise, dont on pouvait se demander s’il s’accommoderait d’une vision caribéenne, colorée, du même phénomène religieux. Trois ans plus tard, en mars-avril 1993, la Galerie Valois à Paris consacrait au peintre cubain, avec un catalogue très réussi, une fort belle exposition sur ce thème, intitulée Jorge Camacho : Histoire de chaman. Je compris deux choses en la visitant: 1. Que les fragments de squelette chez Camacho faisaient référence au démembrement symbolique du corps dans les rites de mort et de résurrection qui accompagnent la transe chamanique, telle que la décrit Mircea Eliade dans Le Chamanisme : techniques archaïques de l’extase. 2. Qu’il faudrait les amener à travailler un jour ensemble.
L’élément déclenchant fut une sculpture cubique de Camacho, “Préhistoire de l’Homme”, la seule jamais réalisée par le peintre. On l’aura deviné, “Préhistoire de l’Homme” traite précisément du chamanisme. Réalisé d’abord en bois, en 1994, ce volume de 34 cm d’arête fut ensuite coulé en bronze par la fonderie Susse à Paris, et tiré à 8 exemplaires numérotés et signés. La Galerie Thessa Hérold le présenta en 1996 lors d’une exposition Jorge Camacho : La nature des choses - Les bois des sables. La rencontre du poète et du peintre - longtemps mûrie par l’éditeur - s’est en quelque sorte cristallisée autour de cette sculpture. “Préhistoire de l’Homme” aura servi de déclic : Kenneth White et Jorge Camacho y puisèrent l’un et l’autre le désir de faire un livre ensemble. C’est donc tout naturellement que La Danse du chamane sur le glacier s’est construit autour de ce cube. Le livre en porte d’ailleurs la marque: son format carré évoque évidemment le cube originel, et chacune des six faces de “Préhistoire de l’Homme” y est reproduite en quadrichromie, avec le développement du cube sous la forme d’une croix disposée horizontalement. Du volume au Livre: construit autour d’un volume, La Danse du chamane... réalise dans le même temps le retour du peintre à l’univers bidimensionnel qui lui est familier et qui est aussi celui du Livre. Après avoir lu le texte de Kenneth White, Camacho réalise aussitôt une série de 7 dessins eux aussi reproduits dans l’ouvrage. Et quelques jours plus tard, rue du Dragon, à l’Atelier Dupont-Visat, il grave pour L’Instant perpétuel l’eau-forte en couleurs qui doit figurer, justifiée et signée, en frontispice, dans les exemplaires de tête imprimés sur vélin d’Arches.
Kenneth White, à qui j’avais demandé un petit texte de présentation de La Danse du chamane... définit ainsi son livre: “Un peu essai, utilisant des informations d’ordre ethnologique; un peu autobiographie, puisant dans ses propres expériences; mais surtout prose poétique et extravagante, La danse du chamane... vise une sorte de chamanisme abstrait, et ouvre un espace existentiel et intellectuel à la fois archaïque et puissamment moderne. Il s’agit, en somme, d’un manifeste géopoétique.”
Quant à Jorge Camacho, peut-être parce que je ne lui demandais rien de plus que ses icônes, il n’a rien dit, rien ajouté. Mais je sais qu’un jour plus ou moins proche, nos routes de nouveau se croiseront autour d’un livre à faire, en hommage à Jacques Hérold, qui sait ? dans cette collection Points-feu qui lui est dédiée en perpétuel hommage, et ce jour sera une fête où nous méditerons ensemble quelques conseils, particulièrement forts, du Maltraité de peinture : “Ce grand aigle qui ouvrait de ses ailes les grottes de la montagne, je l’ai déployé devant moi, sur mes genoux, et lentement, à haute voix, je l’ai lu. Lisez les objets à livre ouvert, à haute voix. Le livre ne livre pas les objets. Lisez les objets; seuls ils déclenchent votre imagination, car les livres sont écrits par d’autres. Si vous lisez au lit, ma femmoiselle, emportez toujours avec vous un arbre à lire. Ou même, au lit, lisez votre lit.” (Jacques Hérold)

Christian Nicaise

Kenneth WHITE. Le chemin du chaman


Rouen, L'Instant perpétuel, septembre 2002.
15 x 11 cm, 24 pages, en feuilles sous couverture à rabats.

Tirage à 99 exemplaires numérotés, signés au colophon par Kenneth White.
ISBN 2-905598-69-7

 

Prix public : 45 euros